Communiqué de presse Bof Course – 22 juin 2026
La grande parade à roulettes organisée par le collectif Bof Course le 12 juin a été un immense succès, avec plus de 25 participant.e.s et la présence remarquée d’une quinzaine de policiers mobilisés pour procéder à deux contrôles d’identité et nasser la paisible assemblée dans laquelle figuraient des enfants. Pour fêter ses cinq ans, le collectif vise en 2027 l’édition de tous les records et ambitionne une participation aux alentours d’une cinquantaine de personnes.
Nous remercions la presse radiophonique et écrite qui a accepté de couvrir cette action à nos conditions, notamment en respectant l’anonymat des participant.e.s. Les publications Facebook reprenant les articles du Maine Libre ont suscité plus d’un millier de commentaires. On pourrait s’en féliciter s’ils témoignaient d’un débat public de qualité et si une partie de ceux-ci n’étaient pas haineux ou intimidants. L’anonymat, de ce point de vue, ne constitue pas qu’une position éthique liée au refus de personnaliser un mouvement s’appuyant d’abord sur un discours et des arguments ; c’est une mesure nécessaire pour protéger la sécurité de celleux qui s’y engagent et de leurs proches. Le mépris affiché par l’équipe municipale pour nos arguments, comme par le passé la criminalisation des actions du collectif STOP24H, constituent malheureusement une invitation à libérer les paroles haineuses et à entretenir le climatoscepticisme chez celles et ceux des spectateurices qui pourraient y être sensibles.
Les publications de la Ville, l’affichage publicitaire, la saturation de l’espace médiatique et toutes les festivités de la semaine qui précède la course constituent une gigantesque opération d’acculturation au technosolutionnisme le plus grossier. Le personnel politique local, englué dans le court-termisme électoraliste, se montre tragiquement anesthésié lorsqu’il s’agit de contempler cette semaine de festivités pour ce qu’elle est devenue : un giga-évènement très rémunérateur pour la ville mais toxique pour la planète et pour les esprits. La parade à roulettes, pour nous, est aussi l’occasion de comprendre la ville dans laquelle on vit, les spectateurices qu’elle attire et d’amener la discussion avec des arguments toujours discutables, mais rationnels. Comment peut-on en arriver, chez des spectateurices, à asséner avec une telle tranquillité des sottises comme celles-là : « Les voitures de compétition ne polluent presque plus » ; « vous dites que vous êtes écolo, mais vous avez des vélos en métal » ; « grâce à l’hydrogène, la compétition automobile apporte des solutions ». En cette fin de printemps caniculaire, la dégradation du niveau du débat devrait interpeller le personnel politique local. Plutôt que d’accompagner ces croyances au prétexte de ne pas « se mettre les gens à dos » et de refuser l’écologie dite « punitive », il devrait les questionner, inscrire le modèle économique de la ville dans une réflexion de long terme et contribuer de façon critique à ce débat vital pour les générations futures.
Par le discours simpliste dans lequel elle se complait, par la création d’une chaire neutralité carbone fondée sur la compromission avec les intérêts industriels, la communication de l’université est complice, quand elle devrait être le lieu de la discussion. Notre ville n’est plus seulement célèbre pour sa compétition automobile ; dans un avenir proche, elle le sera à n’en pas douter pour son apport majeur à la fabrication de l’ignorance et fournira un magnifique terrain d’étude pour les agnotologues du xxie siècle.
Nous étions beaucoup moins nombreux.ses que les spectateurices de la parade des pilotes ce vendredi. Nous serons là l’année prochaine, et encore la suivante. L’équipe municipale adaptera son discours, des communicant.e.s seront recruté.e.s, des gens talentueux et intelligents qui essaieront à n’en pas douter d’améliorer de l’intérieur le fonctionnement de l’évènement. L’effort intellectuel à fournir deviendra sans doute de plus en plus insupportable pour les malheureux.ses dont c’est le métier. On nous moquera, on nous invectivera, on nous menacera peut-être. Le ridicule tue toujours moins que le réchauffement climatique et la dégradation gratuite des ressources. Les élu.e.s en feront un jour l’expérience.
Disclaimer : ce texte a en effet été tapé sur un ordinateur relativement récent sans doute assemblé en Asie et dont les composants contiennent des terres rares. Une version de ce texte imprimé à la presse typographique sur papier chiffon sera disponible à celleux qui le souhaitent lors de la prochaine parade à roulettes.